IL Y A 100 ANS EN EURE-ET-LOIR - Châteaudun célèbre le cinquantenaire de son héroïque défense

La Dépêche d'Eure-et-Loir, 20 octobre 1920.

Alors que Châteaudun, célèbre aujourd'hui et demain le 150e anniversaire des combats d'octobre 1870 , il y a 100 ans, le cinquantenaire avait été marqué par d'importantes cérémonies en présence notamment de deux ministres. La presse de l'époque en avait fait un très large écho comme la Dépêche d'Eure-et-Loir qui dans son édition du 20 octobre consacrait toute sa première page à l'événement. En voici ci-dessous de larges extraits.

Châteaudun célèbre le cinquantenaire de son héroïque défense

Sur tout le front de combat de la grande guerre 1914-1918, parmi les cités renaissant de leurs ruines et les campagnes où déjà les cultures fécondes succèdent à la désolation des terres dévastées, les anniversaires douloureux et glorieux se déroulent au cours des mois.

Mais les héros d'hier ne font pas oublier les braves d'autrefois, qui, avec la même ardeur, accoururent à l'appel de la Patrie en danger et qui tombèrent avec le même esprit de sacrifice au champ sacré du devoir d'une guerre que ne devait pas couronner la victoire de nos armes. Les morts de 1870, que leurs fils et leurs petits-fils ont vengés, ont droit, eux aussi, que toujours avec la même fidélité, sur leurs tombes, la foule vienne et prie, que des voix autorisées redisent d'âge en âge aux génération successives la sublime leçon qui se dégage de leurs vertus.

C'est ce qu'à compris la municipalité de Châteaudun, lorsqu'elle a décidé de donner un éclat inaccoutumé au Cinquantenaire de la cérémonie commémorative de la défense du 18 octobre, en invitant le gouvernement de la République à s'y associer (…) Adrien Bertholon.

Le cinquantenaire de ce souvenir nous vaut la présence de deux membres du gouvernement, d'un vice-président du conseil municipal de Paris et de nos parlementaires. Si quiète et si tranquille dans la ceintures de ses rues mal pavées, notre ville de se reconnaît plus aujourd'hui. Elle avait essayé hier de revêtir une parure de fête, parure un peu grave comme il sied à la grand-mère qui ouvre ses bras à ses petits-enfants. Le temps maussade l'a décoiffé et a fripé sa robe tricolore. Ses drapeaux mouillés frissonnent au vent âpre et il pleure dans le cœur des Dunois comme il pleuvait hier sur la ville !

À dix heures moins un quart un cortège quittait l’Hôtel de ville pour prendre la direction de la gare où devaient arriver les premiers officiels. Sous la direction de son excellent chef, M. Rieux, l'Harmonie de Châteaudun ouvrait la marche et jetait ses premières fanfares dans les rues. De l'express de 10 heures descendit M. Guillaumin, vice-président du conseil municipal de Paris. Il fut reçu par M. Bara, maire de Châteaudun, entouré de MM. Marandon, sous-préfet, de quelques parlementaire et de ses collègues du conseil municipal. (…).

Dès onze heures la foule s'était portée sur la place du 18-Octobre, port où devait toucher l'esquif, fort de trente ou quarante chevaux, des ministres. La première auto amena à onze heures et demie, M. le général Vuillemot, commandant le 4e corps d'armée, le colonel Fargeot, commandant les subdivisions d'Eure-et-Loir. (…)

Après une inspection des troupes, dont la bonne tenue est très remarquée, les ministres et leur suite gagnent un des salons du premier étage de l’Hôtel de ville où les fonctionnaires et les élus cantonaux et municipaux leur sont présentés. (…)

A plusieurs reprises, depuis l'arrivée des ministres, le canon s'est fait entendre, ses coups sourds éveillent dans l'esprit des vétérans et des anciens combattants de douloureux souvenirs. (…)

Beaucoup de monde à l'église de la Madeleine où est célébré le service traditionnel à la mémoire des morts. (…)

A midi, un déjeuner intime réunit, à l’hôtel de la Place plus de quatre-vingt convives. Autour de M. Bara, maire, nous notons la présence de MM. Lhopiteau, ministre de la Justice, Landry, ministre de la marine (…)

Le déjeuner finit juste pour l'heure où est fixé le départ du cortège, qui solennellement se rendra au cimetière du Champdé et au monument de la Défense, sur le mail où les discours doivent être prononcés.

Extrait du discours du ministre de la marine :

« … Les Prussiens sont tout près de Châteaudun. Quelle forces y a-t-il dans la ville pour s'opposer à leur entrée ? Des gardes nationaux, des volontaires ; quelques centaines d'hommes sans aucune artillerie ; devant eux une division entière avec 24 canons. Pas de direction d'ailleurs, ils sont abandonnés à eux-mêmes. Ils n'ont cependant qu'une pensée : résister. (…) Pendant toute une journée, les défenseurs se battent aux extrémités de la ville, puis à l'intérieur de celle-ci, multipliant les traits de courage les plus admirables. Un contre dix, écrasés par les obus, ils sont refoulés peu à peu. La nuit sur la place, à la lueur des flammes qui déjà s'allument de tous cotés, exaltés par le chant de la Marseillaise qui jailli de toutes les poitrines, ils livrent encore de furieux corps à corps, jusqu'au moment où les survivant se voient contraints d'opérer leur retraite, laissant l'Allemand, maître d'assouvir sa vengeance sur la malheureuse cité par la destruction, le pillage et le meurtre. Voilà ce que Châteaudun a vu il y a cinquante ans, une guerre autrement terrible que celle de 70 a désolé notre pays. (…)

La Dépêche d'Eure-et-Loir est consultable en intégralité sur le site des archives départementales d'Eure-et-Loir www.archives28.fr

Le Journal de Chartres et Le Progrès d'Eure-et-Loir présentent également un large compte rendu de ce cinquantenaire. 

Le Journal de Chartres, 20 octobre 1920.
Le Progrès d'Eure-et-Loir, 20 octobre 1920.

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